Frankenstein, monstre littéraire

Frankenstein, monstre littéraire

L’ennui avec les grands classiques, c’est qu’avant même de les avoir lus, ils sont entourés d’une aura, de mythes, et pour le dire tout net : avec les adaptations ciné, le passage de l’oeuvre dans l’imaginaire collectif, on est atteint par des idées reçues, des préjugés. La plupart du temps quand on dit “Frankenstein” le commun des mortels pense à la créature alors que c’est le nom… de son créateur genevois. Victor de son prénom.

Nos allons parler de Frankenstein, mais je vais commencer par vous parler d’un autre roman. Quand j’étais collégien, le grand jeu dans une bibliothèque était de lire des passages des “Liaisons dangereuses” parce que le scandale autour du roman nous avait faire croire à un roman pornographique. L’ouvrir nous fait constater un chose : pas de sein nu, pas une fesse, pas même la moindre scène de sexe détaillée.

Circulez, y’a rien à voir !

A l’heure où il est facile grâce Youporn de visualiser l’acte de chair, le roman a perdu un peu de son souffre. Pour une raison bien simple : à une époque où le catholicisme (religion du Roi, donc religion d’état) marquait la fortement la société de son empreinte, Merteuil et Valmont agissaient sans la moindre charité pour autrui. Or la charité était la vertu à laquellel on se référait le plus dans les rapports avec autrui : que ce soit dans les relations interpersonnelle (se comporter de manière charitable) ou économique (faire la charité à quelqu’un).

Même constat avec Frankenstein : on s’attend à des descriptions de sang, de viscères, comme dans les films gore du moment. Alors qu’est-ce qui ferait que ce livre, datant de 1818 vaille la peine dêtre lu en 2023 ? Remède aux préjugés : se saisir de l’ouvrage et lire. Voir par soi même. Et premier constat : on ne “voit” pas grand chose dans ce roman.

A l’heure de l’IA, c’est un roman actuel dans les questions qu’il pose

C’est beaucoup plus par la psychologie que passe l’épouvante. De même c’est un roman fantastique parce que le propos (créer un être vivant à partir de bout de cadavres) n’est pas plausible, mais on n’a pas de description du travail de Frankenstein.

C’est bien plus le thème du monstre qui échappe à son créateur qui est intéressant à lire… et là encore, la cause en est une absence totale de charité. A l’heure de l’IA reine il est bon de le rappeler ; les robots n’ont pas d’âme, pas de morale… ils font ce qu’ils veulent.

***

Jean-Marc Grosdemouge

Mary Shelley, “Frankenstein”, GF Flammarion

Jean-Marc Grosdemouge