Au coeur de Gilles Paris

Dans ce récit touchant et très intime, Gilles Paris évoque les multiples dépressions qui ont jalonné son parcours de vie. Et exorcise ses vieux démons.

La première fois que j’ai lu Gilles Paris, j’avais quinze ans. Son roman s’appelait « Papa et maman sont morts ». J’avais lu dans le magazine « Première » une courte critique à propos de ce livre paru chez Points Seuil, puis l’avait acheté avec mon argent de poche. 

J’étais alors un adolescent très mal dans sa peau, sans en avoir vraiment conscience. Je crois que le titre du roman avait un peu choqué mes parents. Moi j’avais trouvé l’histoire drôle. J’ai arrêté de lire « Première », ai passé le bac puis quitté peu à peu mes parents. 

Je suis devenu journaliste et un jour sur Facebook suis devenu ami avec un attaché de presse nommé Gilles Paris. Je lui ai demandé si c’était lui qui avait écrit « Papa et maman sont morts » et il m’a répondu oui. Nous sommes encore en contact.

Entre temps, Gilles Paris a continué à publier des romans, en a même vu un adapté au cinéma. De mon côté j’ai eu des prises de conscience sur ma famille, mon passé. Et me revoici avec en mains le dernier livre de Paris, poignant comme peu de livres le sont, comprenant qui se cache derrière l’auteur : une personne qui a pas mal encaissé dans la vie et survécu à pas moins de huit dépressions. 

On ne parle pas de la déprime qu’on a presque tous eue. On parle de la vraie avec hôpital, cachetons et incapacité totale à émerger du chagrin. On comprend dans les dernières pages pourquoi : le trauma initial qui a empoissonné la vie de l’écrivain si longtemps, l’amenant à flirter avec l’addiction. Il va mieux et on soupire d’aise pour lui. Il mérite d’être en paix. Et de continuer à créer maintenant qu’il a tout dit, sans fard. 

Finalement, écrire pour Gilles Paris c’est exorciser la douleur. Avancer malgré tout. Rester vivant. 

***

Jean-Marc Grosdemouge

Gilles Paris « Certains cœurs lâchent pour trois fois rien », Flammarion, 2021, 221 pages.

Infos : https://www.gillesparis.net/

Photo : Didier Gaillard-Hohlweg

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