Comment finir légendaire mais ruiné

Cet article aurait pu figurer dans un magazine de management, du genre « Harvard Business Review » pour expliquer par le  menu tout ce qu’un entrepreneur ne doit pas faire. Chronique du livre de Christophe Donner « Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive ».

Si vous avez déjà lu « L’or » de Blaise Cendrars, qui narre l’histoire du colonel Sutter, milliardaire californien ruiné par la découverte de mine d’or sur ses terres, plongez dans ce roman inspiré de faits réels : les destins croisés du producteur-réalisateur Claude Berri, du producteur Jean-Pierre Rassam et du réalisateur Maurice Pialat.

Outre son intérêt divertissant, on y découvre beaucoup de choses qui ont trait à la soif d’entreprendre : par exemple Maurice Pialat (connu pour son mauvais caractère et sa propension à pousser à bout les comédiens sur un tournage)  a du attendre d’avoir dépassé 40 ans pour pouvoir enfin tourner son premier long métrage, quand les metteurs en scène de la Nouvelle Vague, nettement plus jeunes, avaient déjà plusieurs films à leur actif.

Mais l’intérêt principal du roman tient dans la rivalité entre le taciturne Claude Berri, qui finira comme le « dernier nabab » du cinéma, celui qu’il faut toujours remercier quand on reçoit un césar, et qui construit sa carrière rationnellement, quand Rassam, personnalité borderline, drogué, fils prodigue d’une riche famille libanaise, se comporte en joueur de poker : charmeur, volubile, hâbleur, provocateur, bluffeur.

quiconque-exerce-ce-metier-stupide-merite-tout-ce-qui-lui-arrive,M164683.jpgSon dernier coup (raté) ?  Tenter de racheter la légendaire Gaumont… il réseaute, manigance, joue les visiteurs du soir avec Nicolas Seydoux et Daniel Toscan du Plantier contre Alain Poiré, mais commence à échafauder des plans avec ce que devrait lui rapporter le film de Jean Yanne « Les chinois à Paris »… qui fait un bide.

Jean Pierre Rassam est mort en 1985, jeune, ruiné, mais légendaire. Son fils Dimitri, dont la maman est Carole Bouquet, est aujourd’hui producteur.

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Jean-Marc Grosdemouge
« Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive », ed. Grasset, 2014, 304 pages.

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