Pascal Quignard sur les pas de Sainte Colombe

Le roman qui a inspiré le film d’Alain Corneau est un bijou qui par son écriture claire, nette et précise, nous fait entrer dans l’intimité d’un musicien austère, Monsieur de Sainte Colombe, qui a bien existé avant de vivre au cinéma sous les traits de Jean-Pierre Marielle.

tous-les-matinsJ’ai gagné un concours organisé par la bibliothèque de ma ville en 1992, et j’ai remporté 100 francs en bon d’achat à utiliser dans une librairie. j’ai jeté mon dévolu sur ce roman, l’un de mes premiers Gallimard achetés moi-même.

La couverture crème, le bandeau avec la photo prise sur le tournage de Corneau… quel délice ! Si je tiens à ce livre ? Il est en parfait état, je ne le prête à personne et si je dois quitter mon appartement en feu, je pars avec…

Pourquoi j’ai envie de partager cette lecture avec vous :

Parce que à la fin des années 80, le cinéma hollywoodien, dans sa frénésie de merchandising autour des blockbusters, a inventé la novélisation. En gros, après avoir vu « Cocktail » avec Tom Cruise ou « Batman » avec Michael Keaton, vous pouviez relire l’histoire sous la forme d’un roman écrit à la va-vite. Si vous voulez vous faire une idéé du niveau (consternant), il vous en coûtera 10 à 20 centimes chez un soldeur. Plus une bonne migraine.

Quignard a travaillé sur le scénario de l’excellent film « Tous les matins du monde » (avec Marielle, Depardieu père et fils et Anne Brochet) et son livre est sorti en même temps que le film, mais c’est la meilleure novélisation qui existe. On me suggère qu’il existe aussi une novélisation de « Germinal » de Claude Berri, signée par un certain Zola Emile. Connais pas. Ça vous dit quelque chose ?

Pourquoi il faut vraiment le lire, vraiment, vraiment :

Parce que c’est un livre sur le deuil : faire son deuil, c’est faire son lit pour que Dieu continue à déposer ses joies. Mais Sainte Colombe refuse la joie. C’est aussi un livre sur la musique, qui est la joie, qui est l’art du partage, mais Sainte Colombe ne joue que pour lui. Il interdit même qu’on l’écoute.

Le style de Pascal Quignard est inimitable. Pas un mot de trop. Pas une image ou une description de trop. En quelques lignes, on est au XVIIe chez Monsieur de Sainte Colombe, homme austère qui vit seul avec ses deux filles depuis la mort de son épouse, compose sur une viole de gambe et refuse de jouer pour le Roi. A lire à voix haute, comme on laisse glisser un bon vin sous la langue avant de le boire.

L’extrait qui donne envie de courir chez son libraire :

« Au printemps de 1650, Madame de Sainte Colombe mourut. Elle laissait deux filles âgées de deux et six ans. Monsieur de Sainte Colombe ne se consola pas de la mort de son épouse. Il l’aimait. C’est à cette occasion qu’il composa le tombeau des regrets.« 

*****

Jean-Marc Grosdemouge

Pascal Guignard « Tous les matins du monde », Gallimard, 1992, 134 pages.

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