Mathias Malzieu "Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi"

   Il n’y a rien de pire que de perdre sa mère. Mais quand on s’appelle Mathias Malzieu, ci-devant chanteur de Dionysos, on a la maigre, très maigre consolation de pouvoir coucher sa sensibilité sur le papier, de se consoler avec les mots, de faire son deuil grâce à l’écriture d’un roman sensible et empreint de poésie enfantine.

malzieu livre   Tout commence un jour, dans une chambre d’hôpital, à 19 h 30, quand la mère du narrateur (Mathias ne cherche pas vraiment à cacher qu’il s’agit de lui) décède. Quel vilain mot d’ailleurs. On devrait dire « perd la vie », mais ce n’est qu’une manière assez fausse d’adoucir une réalité qui jamais ne sera douce. Le fils, lui, perd pied. Il aimerait arrêter les minutes, puis remonter le temps, empêcher ce qu’il ne peut admettre de se produire.

   Il voudrait arriver à la retenir. Mais maintenant, il fait tout le temps nuit sur elle. Et il fait froid sur le narrateur : il faut affronter le retour à la maison, trop vide, qui résonne du silence provoqué par la perte de la mère. C’est le père qui cuisine et Mathias se rappelle la cannelle que sa maman mettait dans les plats, mais de toute façon, tout paraît fade, tout un « goût fané » pour Mathias. Puis il y a l’enterrement : le narrateur s’y rend avec son costume de scène, car c’est le seul qu’il a.

   Il vit les événements en essayant de se protéger. Il va surtout devoir essayer de se faire une place dans cette nouvelle qui commence. Heureusement, le héros rencontre, ou plutôt s’invente, un ami géant autant qu’imaginaire, géant parce qu’imaginaire : Giant Jack. Ce bon génie, à qui Théremin a volé l’idée de son instrument de musique, aide les personnes endeuillées. C’est lui qui, chaque nuit, va venir le visiter et va l’aider à avancer dans cette épreuve. C’est lui qui vient rechercher le jeune homme quand il s’endort sur la tombe de sa mère.

   Bien sûr, le style est fantasmagorique (Malzieu n’aurait-il pas rêvé ce roman avant de l’écrire ?) et référencé (des héros peuplent ce livre comme ils peuplent les chansons de Dionysos), le style parfois approximatif (cela fait le charme de ce livre) mais l’on est vite ému par cette façon si simple qu’a le romancier de raconter comment un géant lui offre un bout d’ombre pour l’aider à se protéger. Mais l’ombre ne peut pas durer pas toute la vie. Surtout quand on est un homme de scène. Ainsi, le but du narrateur est de s’émanciper de la tutelle de Giant Jack, et de retrouver la lumière. C’est triste à dire, mais on ressent certainement plus le contenu de ce court livre si l’on est soit même un garçon qui a fait l’expérience de perdre sa mère. Mais pour chacun, orphelin ou non, ce livre regorge d’émotion. Car Mathias Malzieu, tout jeune romancier qu’il est, sait réveiller quelques régions de l’âme que d’autres n’atteindront jamais.

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Jean-Marc Grosdemouge

Mathias Malzieu « Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi », Editions Flammarion, 170 pages.

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